Leur prof ne fait plus cours au tableau !

Un professeur de sciences physiques teste une nouvelle manière d'enseigner, dans un collège privé de Saint-Brieuc. Depuis la rentrée, ses élèves de 3e reçoivent leurs cours à la maison, par Internet. Les heures de classe, elles, sont entièrement consacrées aux exercices et travaux pratiques, selon la méthode de la "classe inversée".

« J'en avais marre de voir les élèves dormir dans mon dos pendant que je grattais au tableau. Depuis la rentrée, je fais donc la grève du tableau ! », s'amuse à répéter Pascal Bihouée, professeur de sciences physiques au collège Sainte-Marie de Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor).

Dans cet établissement privé où les enfants proviennent de « milieux sociaux très variés », ce professeur de 44 ans a vraiment décidé d'arrêter les cours magistraux avec ses élèves de 3e. Il leur envoie ses cours par Internet. Les heures de classe, elles, sont entièrement consacrées aux exercices et travaux pratiques. Et pour les élèves de 5e et 4e, il a créé des classes « hybrides » : le cours est fait au collège et des documents complémentaires sont à consulter en ligne. C'est sur une plate-forme Internet « bidouillée » par ses soins et baptisée Biweb (clin d'œil à son nom de famille, Bihouée), que cet informaticien de formation, qui enseigne ici depuis quatre ans, met ses cours de physique en ligne. Dans la base de données, ses élèves trouvent de courtes vidéos (1 à 2 minutes) où leur prof s'est filmé dans le laboratoire. Il y a aussi des animations importées, des podcasts, des dossiers interactifs et des liens vers d'autres sites, pour les plus curieux.

« Ils travaillent chez eux, à leur rythme, et doivent me laisser un résumé dans leur cahier pour que je puisse vérifier s'ils bossent et s'ils assimilent correctement vocabulaire et cours. Car il y a tout de même un programme à respecter », assure Pascal Bihouée, qui les évalue également par le biais de contrôles classiques. « Mais je ne me contente pas des notes ». Il y a aussi l'oral.

Là encore, l'originalité c'est que les adolescents se filment à l'école avec une webcam pour restituer ce qu'ils retiennent. Ils développent ainsi d'autres compétences.

Globalement, les 23 élèves de cette classe, qui ont tous la chance de disposer d'un ordinateur chez eux, adhèrent. En classe, l'ambiance a changé, disent-ils. Les paillasses sont rassemblées en îlots pour permettre le travail en groupe. Le prof passe de table en table pour répondre aux questions. Il encourage les échanges entre élèves. Parfois, certains discutent de choses qui n'ont rien à voir avec le cours sur les atomes. « Mais si j'étais au tableau, ils chuchoteraient ou enverraient des SMS dans mon dos », observe Pascal Bihouée, lucide. Et pour ceux qui n'ont pas bossé chez eux ou prétendent avoir eu un problème de connexion Internet, un ordi est en libre-service dans la classe et au Centre de documentation du bahut. Se planquer se voit donc assez vite...

« C'est mieux de travailler comme ça, on est actifs », apprécie Cécile, 14 ans, en 3e. « C'est plus motivant. Je ne m'ennuie plus, confirme Halil, 15 ans, redoublant. Le prof nous fait confiance et on est plus autonomes. Et puis, on se tient bien parce qu'il y a aussi une note sur le comportement. Logiquement, ce sont des points faciles à obtenir... », estime, pour sa part, Martin. Ce collégien concède également qu'il avait l'habitude d'utiliser un ordinateur « pour jouer plutôt que pour bosser ». Twitter est également devenu un moyen de communiquer entre le professeur et ses élèves. Pour ceux qui n'ont pas de compte, celui du prof défile sur la plateforme du réseau social. « Les 3es : évaluation la semaine prochaine. Au travail ! » encourage-t-il. À la maison, s'ils calent sur un cours, les élèves peuvent aussi laisser des questions sur un forum, dont l'accès est réservé au professeur. « C'est une méthode surprenante au début, avoue la mère d'un élève, mais mon fils, qui a une mémoire plutôt visuelle, s'y retrouve bien. Pour les plus lents, je reste sceptique. En revanche, pour l'autonomie, c'est un vrai plus ». Des propos relayés par une autre mère : « Ça répond plutôt bien à cette génération de gamins qui grandit avec les ordis, jeux vidéos, réseaux sociaux et aime apprendre de manière ludique. »
C'est aussi l'avis de Nathalie Roullois, la directrice de l'établissement, qui a donné son feu vert à cette expérimentation. Satisfaite des premiers retours, elle songe, à son tour, à adopter la formule pour dispenser ses cours de maths. Et elle confie même que de grands groupes informatiques (Microsoft, IBM) commencent également à s'intéresser à cette méthode de travail pour tenter de développer de nouveaux logiciels éducatifs.

Journal télévisé